L'homme qui brûlait des billets à la télé

En 1984, sur le plateau d'Apostrophes, Serge Gainsbourg brûle un billet de 500 francs en direct devant Bernard Pivot. La France est scandalisée. Gainsbourg s'en fiche. Il voulait démontrer l'absurdité de la TVA sur les disques. Il a réussi à faire parler de lui pendant des semaines.

C'est un bon résumé du personnage : la provocation comme outil rhétorique, jamais comme fin en soi.

Le parcours improbable d'un raté magnifique

Avant d'être Gainsbourg, il était Lucien Ginsburg, fils d'immigrants russes, pianiste de bar pas franchement populaire. Ses premiers albums dans les années 50-60 sont des échecs commerciaux relatifs. Il chante pour un public lettré qui l'apprécie, pas pour les radios.

Ce qui change tout, c'est sa rencontre avec France Gall en 1965. "Poupée de cire, poupée de son" remporte l'Eurovision. Gainsbourg rigole en coulisses : il vient de faire chanter une chanson sur l'inconscience des chanteurs de variété à la plus grande scène de la variété européenne. Personne ne l'a vu venir.

"Je t'aime moi non plus" : le scandale comme laboratoire

La chanson sort en 1967 avec Brigitte Bardot, est retirée à sa demande, puis reparaît en 1969 avec Jane Birkin. Elle est interdite sur plusieurs radios européennes, conspuée par le Vatican, et se hisse numéro un en Grande-Bretagne.

Ce que Gainsbourg avait compris avant tout le monde : en pop music, l'interdit fait le succès. Pas l'interdit pour l'interdit — l'interdit qui touche quelque chose de vrai, d'irréductible. La sensualité en est un exemple parfait.

L'héritage reggae et la dernière provocation

En 1979, "Aux armes et cætera" sort. Gainsbourg reprend La Marseillaise en version reggae avec des musiciens jamaïcains. Des parachutistes militaires l'attendent à la sortie de son concert de Strasbourg pour lui faire payer cet affront. Il y va quand même, s'explique, les désarme.

Gainsbourg est mort en 1991. Sa maison rue de Verneuil est devenue un monument couvert de graffitis. Personne ne le nettoie. C'est la meilleure façon de lui rendre hommage : un monument illégal, improvisé, vivant.